1. Faculté des Sciences
  2. Accueil
  3. La Recherche
  4. Actualités

Hommage au Professeur Jacques Tits, décédé le 5 décembre 2021

Publié le 8 décembre 2021 Mis à jour le 8 décembre 2021

C'est avec tristesse que l'Université a appris le décès de Jacques Tits. Mathématicien de renom, ancien professeur de l'ULB, lauréat du prestigieux Prix Abel, Jacques Tits s'en est allé le 5 décembre. Il avait 91 ans.

Les travaux de Jacques Tits portent principalement sur l’interaction entre géométrie et groupes. Pour lui, les groupes apparaissent comme groupes d’automorphismes de structures géométriques, algébriques ou combinatoires. Son nom reste attaché à des structures géométrico-combinatoires, les immeubles (dits de Tits), qui ont permis la compréhension de la structure fine des groupes algébriques simples (spécialement sur les corps locaux) et qui ont imposé un nouveau point de vue sur les groupes de Lie simples réels et les groupes simples finis. Il a introduit pour ces structures fort riches toute une terminologie suggestive, venant de l’architecture, qui aide à la visualisation de ces concepts abstraits. Un autre de ses résultats remarquables est la célèbre alternative de Tits : tout groupe de matrices (sur n’importe quel corps) engendré par un nombre fini d’éléments contient un groupe libre à 2 éléments ou un sous-groupe résoluble d’indice fini. Il a aussi été à l’initiative de l’étude des automorphismes d’un arbre (graphe connexe sans boucle) et a participé à la classification des groupes finis simples et l’un d’entre eux s’appelle groupe de Tits.

Né en 1930 à Uccle, Jacques Tits a réussi l’examen d’entrée de l’école polytechnique de l’ULB à l’âge de 14 ans en octobre 1944, obtenant le meilleur résultat, et est entré en sciences mathématiques début 1945, à la réouverture de l’université (après sa fermeture durant la guerre pendant l’occupation). Il a obtenu son doctorat en sciences mathématiques, sous la direction de Paul Libois, en 1950 (à 19 ans !). De 1948 à 1956, il a été “boursier” FNRS ; période féconde en voyages (Paris, Zürich, Utrecht, Princeton) et résultats, couronnée par une thèse d’agrégation en 1955. Après cela, à l’ULB , il devient successivement : assistant en octobre 1956, chef de travaux en février 57, chargé de cours en 58, professeur extraordinaire en 59, et professeur ordinaire en 62. Il a quitté l’Université libre de Bruxelles en 1964  pour l’Université de Bonn. Il a été élu au Collège de France en 1974. Pour devenir titulaire de la chaire de théorie des groupes créée à son intention, il a dû se faire naturaliser français, et il a occupé ce poste au Collège de France jusqu’à sa retraite en 2000.

Parmi ses nombreuses distinctions, Jacques Tits a obtenu le Prix Wolf en 1993 et le Prix Abel en 2008 (prix attribué par l’académie des sciences de Norvège depuis 2003, inspiré du prix Nobel qui n’existe pas en mathématiques). Nous avons organisé une réunion à l’académie à l’occasion du Prix Abel reçu par Tits ; le Recteur est venu y assister et cela a mis fin au différend de Jacques Tits avec l’ULB, né du fait qu’il n’a touché aucune retraite pour ses années passées ici. Il a été heureux de se savoir honoré par son Alma Mater, quand, en 2015, l’ULB a attribué son nom à l’un de ses auditoires, le Forum F situé sur le campus de la Plaine. Outre ses contributions remarquables en mathématiques, Jacques Tits a joué un rôle majeur dans la vie mathématique internationale. Il a été éditeur de nombreux journaux mathématiques de premier plan, il a siégé au comité d’attribution de la médaille Fields en 1978 et en 1994 et dans le comité d’attribution du prix Balzan depuis 1985.

C’est un grand Monsieur des mathématiques, attaché à ses origines belges et aux valeurs de l’ULB, qui vient de nous quitter.